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Hum'Animation : "Exister" de Matis Jouet sur le témoignage de Christoph Hensch, cofondateur de CCH

English version in blue

Production motion design à but pédagogique visant à sensibiliser à la santé mentale et au bien-être psychosocial dans le secteur humanitaire. Motion design production for educational purpose to raise awareness about mental health and psychosocial well-being in the humanitarian sector.

Réunion autour d'une tasse de théTexte de Christoph Hensch


Deux mois plus tôt, j’arrivais dans ce petit village, sur le versant nord de l'imposante chaîne de montagnes, connue sous le nom de Caucase. À l'époque, l'automne était déjà bien avancé. C’est maintenant l’hiver, et il fait un froid glacial avec des vents du nord soufflant depuis la Russie et la Sibérie.


J'ai été envoyé ici pour superviser un projet qui a été lancé il y a quelques mois, la création d'un hôpital dans l'enceinte d'un ancien pensionnat. Aujourd'hui, le lieu est un endroit assez animé. Il y a de nombreux ouvriers : des charpentiers, des maçons, des électriciens, des plombiers et des peintres, entre autres. D'un côté de l'enceinte, les ouvriers sont occupés à construire une nouvelle structure, brique par brique. Celle-ci va abriter le nouveau générateur. De l'autre côté, se trouvent les anciens bâtiments, dont une aile qui est en cours de rénovation et depuis laquelle on entend les bruyants coups de marteau et le bruit d'une scie à moteur, et on aperçoit un balai incessant d’ouvriers qui vaquent à leurs occupations.


L'autre aile a déjà été rénovée, on y trouve de nouvelles fenêtres, des tuiles sur le toit et des murs peints d'un blanc éclatant. Cette partie est fréquentée par une autre catégorie de personnes, mais elle n'en est pas moins animée. C'est précisément là que le nouvel hôpital est déjà en service. Il y a des salles avec toutes sortes de gens : des jeunes, des vieux, des femmes et des hommes, la plupart d'entre eux ayant été blessés pendant la guerre qui faisait rage dans la région, en dehors des murs de protection qui entouraient le complexe. Parmi eux, une petite armée de personnel médical, d'infirmières, de médecins, en robes bleues ou blanches, s’activaient pour soigner ceux qui venaient d'arriver, ensanglantés et souffrants, ainsi que ceux hébergés dans ce refuge depuis un certain temps, qui se reposaient, récupéraient et guérissaient à leur rythme.


En fait, en ce lundi matin de décembre, je me suis rendu compte que, à l'exception du jour où je suis arrivé dans ce convoi de Land Cruiser blancs, je n'étais pas sorti une seule fois hors des murs, pour visiter le village environnant. À l'horizon, j'apercevais quelques toits et le minaret de la mosquée locale. J'entendais aussi régulièrement le muezzin qui appelait à la prière.


Il était environ 11 heures ce jour-là. J'étais assis derrière mon bureau, lisant et répondant à des messages, lorsqu'on m’informa que deux dignitaires locaux étaient arrivés et souhaitaient me parler. J'ai demandé qu'ils soient conduits dans une salle de réunion et qu'un thé leur soit servi. Il faut savoir que boire un verre de thé noir est un rituel important là-bas. Lorsque je suis arrivé dans la salle, les deux messieurs se sont levés pour me saluer et se présenter. L'un était un homme âgé, portant la moustache, il était vêtu d'un manteau d'hiver et avait un chapeau rond en peau de mouton, typique de la région du Caucase. Il s'est présenté comme le chef du village. Son collègue, plus jeune, portait un treillis militaire et se désignait comme étant le chef de la sécurité locale.


Au fur et à mesure de notre discussion, les deux hommes expriment combien ils sont heureux que nous soyons là, construisant l'hôpital, prenant soin des blessés et employant tant d'artisans locaux. Nous avons continué pendant environ une demi-heure à échanger des amabilités, à boire du thé, et j'ai commencé à me demander quel était vraiment le but de cette réunion. Finalement, en se confondant en excuses, le plus âgé des deux me remit une lettre. J'ai commencé à la lire, avec un étonnement et une confusion croissante, j'y ai lu une liste d'étranges accusations de toutes les choses que nous avions mal faites en venant ici. La lettre se terminait par la menace d'un « incident international » si les choses n'étaient pas réglées.


Un peu perplexe, j'ai demandé aux deux personnes assises en face de moi : « Qu'est-ce que c'est ? Pourquoi me donnez-vous une telle lettre ? Que voulez-vous que nous fassions ? ».

Toujours de manière très amicale, et sans une once d’agressivité, ils me répondirent : « Partez ! Vous devez tous partir immédiatement ! De préférence tout de suite, à cet instant. Vous pourrez revenir dans quelques jours ». Sur ces mots, ils se sont levés et sont partis.


Que dois-je donc faire ? Suivre leurs conseils ? Fuir en vitesse ?

Le faire, ce serait abandonner tous les patients de l'hôpital qui dépendent de nos soins et de notre sécurité en ce lieu sûr. Le faire, ce serait ignorer toutes les précautions de sécurité en empruntant des routes dangereuses, sans notification préalable. Le faire, ce serait abandonner potentiellement tout le projet...


Les manières agréables et amicales des deux visiteurs contrastaient tellement avec la menace explicitement exprimée dans la lettre. Il y avait un tel fossé entre leurs paroles et leur langage corporel et les mots qui avaient été écrits.


Que dois-je donc faire ? Est-ce réel ? Dois-je ignorer cela ? Qui peut me conseiller et m'aider à prendre une telle décision ? Je me suis mis à frissonner avec cette impression qu'un énorme fardeau venait d'être placé sur mes épaules.




A meeting over a cup of tea - Text by Christoph Hensch


It was only about 2 months earlier that I had arrived in this small village, on the northern slopes of the imposing mountain range known as the Caucasus. Then it was deep in autumn already. Now it was winter, it was freezing cold and open to the northern winds blowing from Russia and Siberia.


I was sent here to oversee a project that was opened just a few months earlier - the establishment of a hospital in a compound of a former residential school. Today, the compound was a quite busy place. There were many laborers – carpenters, bricklayers, electricians, plumbers and painters among others. On one side of the compound, they were busy building up a new structure, brick by brick. It was going to house the new generator. On the other side of the compound were the older buildings, one wing in renovation, noisy with hammering and the sound of a motor saw, busy with workers going about their trade.


The other wing was already renovated – fixed up with new windows, tiles on the roof and bright and radiant white painted walls. This part had an entirely different kind of crowd milling about, but it was no less busy. It was there where the new hospital was in operation already. There were the wards with all kinds of people, young, old, women, men … most of them with injuries sustained in the war that was raging in the area, outside the protective walls that were surrounding the compound. Among them a small army of medical personnel, nurses, doctors, in blue or white dresses, engaged in the many activities that are required in caring for those who have just arrived, bloody and in pain, as well as those who have been in this safe haven for some time, resting, recuperating and healing.


In fact, on this particular December Monday morning, I realized that, except on the day when arrived in the that convoy of white Landcruisers, I had not even once been outside the walls, visiting the surrounding village. At the horizon I spotted some roofs, and on the skyline there was the minaret of the local mosque. I regularly heard the call of the muezzin, calling for prayer.

It was at about 11 o’clock that day. I was sitting behind my desk, reading and responding to messages, as I was informed that two local dignitaries had arrived and wanted to talk to me. I arranged for them to be taken to a meeting room, and for some tea to be served. One must understand that drinking a glass of black tea is an important ritual. As I arrived in the room, the two gentlemen rose to greet me and to introduce themselves. One was an elderly man in a winter coat, with a round sheepskin hat typical for the Caucasus area. He had moustache. He introduced himself as the head of the village, and his colleague, who was younger, and wearing some military fatigues, as the local head of security.


As we proceeded to sit down and talk, they expressed how happy they were that we were there, building the hospital, taking care of the wounded people and employing so many of the local craftsmen. We continued for about half an hour to exchange niceties, and drinking tea, and I started to wonder - what was the purpose of this meeting? Finally, with lots of apologies, the elder of the two handed a letter to me. I started to read the letter, and with increasing wonder and confusion, I looked at a list of strange accusations of all the things we had done wrong by coming here. The letter culminated in the threat of an “international incident” if things were not set right.


A bit puzzled I asked the two sitting in front of me: “What is this? Why do you give me such a letter? What do you want us to do?”

Still in the friendliest manner, and not aggressive at all, they said: “Leave! All of you should leave right away! Best right now at this moment. You will be able to come back after a few days.” With those words, they got up and left.


Now, what was I to do? Follow their advice?

If I did, then I would abandon all the patients of the hospital who were depending on our care and being safe in this location. I would disregard all the security precautions by taking to unsafe roads, without pre-notifications. I would potentially abandon the whole project…


The nice and friendly manner of the two visitors was in such a contrast to the threat expressed in the letter – their spoken words and body language did not match the written word.

What am I going to do with this? Is it real? Should I just ignore this? Who could advise me and help my decision making? It felt like a huge burden had just been placed on my shoulders.

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