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Hum'Animation : Tare (Defect) | Vidéo motion design de Ani Cruciani | École Gobelins Paris

English version below in blue


Cette vidéo motion design a été réalisée sur la base d'un récit de travailleur humanitaire.

Vidéo à but pédagogique pour sensibiliser à la santé mentale et au bien-être psychosocial dan le secteur humanitaire. Des vidéos sont publiées tous les 17 du mois.


Découvrez l'histoire de Rodney et son texte "La blondeur comme fil conducteur ou comment manœuvrer en douceur dans l’Humanitaire".


Avant l’humanitaire, il y a bien eu quelques voyages sac à dos dans certaines contrées de l’hémisphère sud. Une fois par exemple, au fin fond de la Bolivie, je sors du véhicule sur une petite route à l’entrée d’un village. J’étais le dernier à apparaître d’un groupe de sept. A ma vue, le groupe de jeunes enfants se fige, lâche leurs bicyclettes et s’enfuie en criant puis part se cacher dans les robes de leurs mères. Je me suis senti coupable d’avoir provoqué cela sans le vouloir alors je suis allé les voir. Elles étaient tout aussi terrifiées, proches de fuir aussi mais finalement elles restaient là curieuses, à protéger leurs enfants. Là, je me suis senti pour la première fois différent alors que d’habitude je me fondais complétement dans la masse. J’ai aussi compris que mon physique de blond aux yeux bleus pouvait susciter des émotions fortes comme la peur et la fuite.


Pendant ma formation d’humanitaire, on m’a bien mis en situation de contextes difficiles. Jamais en revanche, on m’a confronté à la différence physique. Les rebelles revêtaient juste un uniforme mais je n’étais pas plus stigmatisé que cela car mes interlocuteurs militaires me ressemblaient assez finalement.


Parachuté au Darfour, je me suis vite aperçu que j’étais un véritable aimant à curiosités. Au milieu d’un camps de deux cent mille réfugiés, une mère m’a proposé la main de sa fille. J’étais l’heureux élu à l’instar de mes collègues certainement (ou pas) jaloux. Dans son inconscient, j’étais à coup sûr le gendre idéal pour sortir sa fille de ce cauchemar. J’ai fait mon blond en faisant mine de ne pas tout comprendre…


Puis revenu à notre bureau à Nyala, je reçois la consigne de ne pas en sortir. Je suis le seul « puni » de tous mes collègues expat ! Les Danois, souvent des blonds, venaient de publier des caricatures de Mahomet qui visiblement n’étaient pas du goût des foules sur place. L’amalgame est vite fait donc il ne valait mieux pas montrer le bout de mon nez. Ma blondeur pouvait potentiellement me faire perdre ma tête ou être lynché donc je suis resté sagement entre quatre murs avant d’être rapatrié sur Khartoum en ayant préalablement couvert ma tête de foulards dissimulant cette blondeur devenue dangereuse.


Deux années plus tard, sur la route entre Sana’a et Sa’da au nord-ouest du Yémen, notre véhicule se fait arrêter au milieu de nulle part par un groupe de jeunes rebelles armés de jambiyas et surtout de kalashnikov. Cette fois mon ressenti de blond était que dans leurs yeux, j’étais potentiellement la vache à lait pour acheter leur khat. Heureusement, cela n’a duré que cinq longues minutes avant qu’ils reçoivent l’ordre de plier bagage. Nous avons croisé en repartant les pickups dotés de tourelles avec mitrailleuse de l’armée qui leur filaient dessus. Celui qui m’a remplacé à ce poste plusieurs mois après n’a pas eu cette chance. Il a été kidnappé et est resté en captivité quatre mois avant d’être relâché.


Lors du court conflit entre la Russie et la Géorgie, j’ai été dépêché en urgence depuis l’Arménie pour organiser les convois humanitaires sur les zones touchées. Nous étions les premiers à passer les barrages, à se faufiler tant bien que mal au travers des débris des véhicules calcinés pour atteindre un premier village isolé. Cette fois, je sors du véhicule pour gérer la distribution des denrées et tout un coup je me retrouve encerclé par plusieurs hommes géorgiens un peu éméchés qui vraisemblablement me parlent un dialecte russophone. Ils me menacent, me pointent du doigt ; cela sent le roussi. Heureusement, mon collègue congolais à mes côtés, qui miraculeusement parlefrançais et russe, calme le jeu. Il lui a fallu dix bonnes minutes pour expliquer que ce blond n’était pas l’ennemi russe et que je ne comprenais strictement rien à ce qu’ils disaient !


Dernière mission en date, au Nord du Nigéria, mon téléphone Nokia « old style » sans caméra n’arrête pas de sonner et de bipper. On essaie clairement de me tracer pour savoir où organiser le guet-apens. Le jour d’avant, un autre blond, un archéologue allemand a été kidnappé exactement là où nous nous trouvons… Mon collègue algérien se retourne vers moi dans le véhicule et me dit cette phrase qui résonne encore en moi : « tu es trop visible, tu vas nous faire avoir des ennuis ». Le lendemain, je faisais une crise de paludisme et étais rapatrié à Abuja. Ce fût la dernière mission terrain, il n’y en aura plus d’autres.


Le blond avait senti qu’il mettait les autres en péril et que sa place était ailleurs. Je suis redevenu

« Monsieur tout le monde » et me fond de nouveau dans le paysage. Grâce à ces expériences, j’ai appris à devenir un caméléon blond et suivre cette bonne étoile qui me guide au travers des aléas de la vie.


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This motion design video was based on a humanitarian worker's story.

The video is intended to raise awareness about mental health and psychosocial well-being in the humanitarian sector. Videos are published every 17th of the month.


Discover Rodney's story and his text "Blondness as a thread or how to operate smoothly in humanitarian work despite one's difference".


Before humanitarian work, there were a few backpacking trips in some parts of the southern hemisphere. Once, for example, in the depths of Bolivia, I got out of the vehicle on a small road at the entrance of a village. I was the last to appear in a group of seven. At the sight of me, the group of young children froze, dropped their bicycles and ran away screaming, then went to hide in their mothers' dresses. I felt guilty for having unintentionally caused this so I went to them. They were just as terrified, close to running away too, but in the end they stood there curious, protecting their children. There, I felt for the first time different whereas usually I was completely in the mass. I also understood that my blond, blue-eyed looks could arouse strong emotions such as fear and flight.


During my training as a humanitarian, I was put in difficult situations. However, I was never confronted with the physical difference. The rebels only wore a uniform, but I was not stigmatized any more than that because my military interlocutors looked like me.


Parachuted into Darfur, I quickly realized that I was a real curiosity magnet. In the middle of a camp of two hundred thousand refugees, a mother offered me the hand of her daughter. I was the lucky one, as were my colleagues, who were certainly (or not) jealous. In her subconscious, I was for sure the ideal son-in-law to get her daughter out of this nightmare. I did my blond face pretending not to understand everything...


Then back to our office in Nyala, I was told not to leave. I am the only one "punished" of all my expat colleagues! The Danes, often blonds, had just published cartoons of Mohammed which obviously were not to the taste of the local crowd. The amalgam is quickly made so it was better not to show the end of my nose. My blondness could potentially make me lose my head or be lynched, so I wisely stayed within four walls before being repatriated to Khartoum, having previously covered my head with scarves to conceal this blondness that had become dangerous.


Two years later, on the road between Sana'a and Sa'da in the northwest of Yemen, our vehicle was stopped in the middle of nowhere by a group of young rebels armed with jambiyas and especially Kalashnikovs. This time my blond feeling was that in their eyes, I was potentially the cash cow to buy their khat. Fortunately, it only lasted five long minutes before they were ordered to pack up. On the way out, we passed the army's turreted machine gun pickups that were running at them. The man who replaced me in this position several months later was not so lucky. He was kidnapped and remained in captivity for four months before being released.


During the short conflict between Russia and Georgia, I was urgently sent from Armenia to organize humanitarian convoys to the affected areas. We were the first to get through the roadblocks, to wade through the debris of burnt-out vehicles to reach the first isolated village. This time, I get out of the vehicle to manage the distribution of foodstuffs and suddenly I find myself surrounded by several Georgian men who are a little bit drunk and who probably speak to me in Russian. They threaten me, point their fingers at me; it smells bad. Fortunately, my Congolese colleague at my side, who miraculously speaks French and Russian, calms things down. It took him a good ten minutes to explain that this blond man was not the Russian enemy and that I understood absolutely nothing of what they were saying!


Last mission to date, in Northern Nigeria, my "old style" Nokia phone without camera keeps ringing and beeping. They are clearly trying to trace me to know where to set up the ambush. The day before, another blonde, a German archaeologist, was kidnapped exactly where we were... My Algerian colleague turned to me in the vehicle and said this sentence that still resonates with me: "You are too visible, you are going to get us into trouble". The next day, I had a malaria attack and was repatriated to Abuja. This was the last field mission, there would be no more.


The blond man felt that he was putting others at risk and that he belonged elsewhere. I went back to being

I became "Mr. Everyman" again and blended into the landscape. Thanks to these experiences, I have learned to become a blond chameleon and to follow this good star which guides me through the hazards of life.



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