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Hum'Animation "La danse du feu" de Ysatis Rivart - Récit Stéphane P. Rousseau | École Gobelins & CCH

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CoCreate Humanity remercie chaleureusement Stéphane P. Rousseau pour sa participation au projet Hum'Animation avec l'École Gobelins à Paris.


Découvrez son récit ci-dessous et la réalisation d'Ysatis Rvart.


La petite OeupStéphane P. Rousseau, extrait de « Tranches de vie d’un expat’ de l’humanitaire » - Éditions L’Harmattan (pages 77-78)

Au début des années 1990 de nombreux camps de réfugiés en Thaïlande bordent la frontière du Cambodge, ils accueillent des réfugiés Cambodgiens qui ont fui le régime Khmer Rouge et les guerres entre le Cambodge et le Vietnam. C’est dans l’un de ces camps gérés par les Nations Unis (UN) que se déroule cette anecdote que nous rapporte un officier des UN, chargé de la gestion d’un de ces camps.


Un jour, alors que je marchais dans les travées du camp, je tombai sur une petite fille totalement défigurée ; je ne l’identifiai d'ailleurs comme "fille" que parce qu'elle portait une petite robe.

Curieux de savoir ce qui l'avait si affreusement mutilée, j'interrogeai la mère : celle-ci m'expliqua que lorsque la fillette était bébé, la moustiquaire en nylon au-dessus de son lit avait pris feu et était tombée sur elle, lui brûlant profondément les chairs, notamment du visage et des bras.


Elle s'appelait Oeup et avait cinq ans. Lui demandant si la petite allait à la crèche comme les autres enfants de son âge dans le camp, la maman me répondit avec tristesse qu'elle y avait été refusée à cause de son apparence.


Quelque peu outré, je lui demandai alors si elle voulait bien que nous allions ensemble voir la directrice de la crèche pour tenter de la persuader d'accueillir la petite Oeup dans son établissement. La maman accepta.

Nous montâmes dans ma voiture et partîmes sur le champ pour la crèche. Là, prenant Oeup dans mes bras, je rencontrai la directrice et lui demandai pourquoi la petite fille avait été refusée dans son établissement.

Elle m'expliqua avec moult larmoiements qu'elle voudrait bien l'accueillir, mais que les autres enfants en avaient peur, et que « …rien que de la regarder, ils en vomissaient ». Je posai la petite à terre, et poursuivis ma discussion avec la directrice, qui n'en démordait pas.


Soudain, me retournant, que vis-je ? La petite Oeup en train de jouer en toute tranquillité avec quelques nouveaux copains... Je me tournai alors vers la directrice et lui demandai avec un sourire :

- Alors, il y a un problème ?

Manifestement gênée, elle me répondit :

- …Euh, apparemment non.

- Donc, vous la prendrez dorénavant ?

- Oui, oui, bien sûr.


Nous quittâmes l'établissement et je ramenai la maman, heureuse, chez elle, l’invitant à me prévenir immédiatement si la petite Oeup était encore injustement rejetée. Elle acquiesça et nous nous séparâmes. La maman ne revint jamais me voir.


L’humanitaire c’est aussi traiter de l’exclusion… et pour cela, nul besoin d’aller à l’autre bout du monde !


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CoCreate Humanity warmly thanks Stéphane P. Rousseau for his participation in the Hum'Animation project with the École Gobelins in Paris.


Discover his story below and Ysatis Rvart's realization.


The little Oeup - Stéphane P. Rousseau, excerpt from "Tranches de vie d'un expat' de l'humanitaire" - Éditions L'Harmattan (pages 77-78)


At the beginning of the 1990's, many refugee camps in Thailand bordered the Cambodian border, welcoming Cambodian refugees who had fled the Khmer Rouge regime and the wars between Cambodia and Vietnam. It is in one of these camps managed by the United Nations (UN) that this anecdote takes place, reported by a UN officer in charge of the management of one of these camps.


One day, as I was walking through the camp, I came across a little girl who was totally disfigured; I only identified her as a "girl" because she was wearing a little dress.

Curious to know what had mutilated her so horribly, I asked the mother: she explained that when the girl was a baby, the nylon mosquito net over her bed had caught fire and fallen on her, burning her flesh deeply, especially her face and arms.


Her name was Oeup and she was five years old. When I asked her if she went to the nursery like the other children of her age in the camp, the mother sadly told me that she had been refused because of her appearance.


Somewhat outraged, I asked her if she would be willing to go together with me to the director of the crèche to try to persuade her to accept the little Oeup in her establishment. The mother agreed.

We got into my car and left immediately for the nursery. There, taking Oeup in my arms, I met the director and asked her why the little girl had been refused in her establishment.

She explained to me with tears in her eyes that she would like to take her in, but that the other children were afraid of her, and that "...just looking at her made them vomit. I put the little one down and continued my discussion with the director, who did not give up.


Suddenly, turning around, what did I see? The little Oeup playing peacefully with some new friends... I turned to the director and asked her with a smile:

- So, is there a problem?

Obviously embarrassed, she answered:

- ...Uh, apparently not.

- So you'll take it from now on?

- Yes, yes, of course.


We left the facility and I took the happy mother home, inviting her to let me know immediately if little Oeup was still unjustly rejected. She agreed and we parted. The mother never came back to see me.


Humanitarianism is also dealing with exclusion... and for that, no need to go to the other side of the world!


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